Editorial
L’hydrogène, constituant de l'eau H2O,
est un gaz léger qui brûle en produisant de la chaleur.
Il peut donc remplacer le gaz naturel dans des moteurs ou brûleurs,
avec l'avantage que sa combustion ne produit pas de gaz carbonique
CO2, mais seulement de la vapeur d'eau. Utilisé
dans une pile à combustible, il permet de produire de l'électricité
sans émission de CO2. Il constitue donc un carburant
idéalement écologique !
Il ne faut pourtant pas oublier que l'hydrogène n'est pas
une source d'énergie, mais seulement un vecteur, comme l'électricité.
Pour pouvoir l'utiliser, il faut d'abord le produire. Nous avons
déjà évoqué la question dans les numéros
21 et 25 (mars 2001 et mars 2002) de notre bulletin.
Les récents développements de véhicules fonctionnant
à l'hydrogène, soit utilisé directement dans
un moteur conventionnel à combustion interne, soit par l’intermédiaire
de piles à combustible alimentant un moteur électrique,
nous incite à revenir sur ce thème. D'autre part,
le programme de recherche "Génération IV"
dans le domaine de nouveaux réacteurs nucléaires,
que nous avons abordé dans le dernier numéro (No
41, mars 2006), permet d'envisager une production abondante
et économique d'hydrogène sans émission de
CO2.
Comment produit-on l'hydrogène ?
L'hydrogène peut être produit selon trois procédés
bien distincts :
- par électrolyse de l'eau, à partir d'électricité.
Le procédé est bien connu, mais coûteux. Or
cette électricité, qui n'est pas non plus une source
primaire, il faut la produire d'abord. Et si cette électricité
doit être générée à partir de
combustibles fossiles, il vaut mieux alors utiliser directement
ces derniers dans nos moteurs ou nos brûleurs,
- par thermochimie, à condition de disposer de températures
très élevées,
- par reformage chimique, en cassant les molécules de
matières premières riches en hydrogène, comme
les combustibles fossiles (gaz naturel, pétrole, charbon,
matières organiques tels que la biomasse ou les déchets
ménagers). C'est actuellement la méthode la plus
utilisée, parce que la plus économique ; mais elle
a l'inconvénient de dégager du CO2.
Dans notre numéro 25, nous avons décrit un procédé
thermochimique, développé par l'Institut Paul
Scherrer (PSI à Villigen (AG), permettant de produire
de l'hydrogène à partir de la chaleur du soleil. Le
projet est basé sur un four solaire où l'on peut atteindre
une température de l'ordre de 2000 °C, et utilisant un
cycle fermé d'oxyde de zinc. Le zinc sortant du four, combiné
avec de l'eau dégage de l'hydrogène, et l'oxyde résiduel
est réintroduit dans le four. Par adjonction de charbon ou
de coke, on peut abaisser la température de fonctionnement
du four à 1200 °C. Une première installation pilote
de ce type est actuellement en cours de mise en service en Israël.
D'autres cycles fermés peuvent être envisagés,
fonctionnant à partir de températures moins élevées.
On étudie en particulier un système basé sur
une double boucle :
- une boucle basée sur le souffre, fonctionnant à
900 °C.
De l’acide sulfurique (H2SO4) chauffé
à 900 °C se décompose en SO2 + H2O
en dégageant de l’oxygène. Ce résidu,
recombiné avec de l’eau, redonne du H2SO4
.
- une boucle basée sur l'iode, fonctionnant à 400
°C.
De l’acide iodhydrique (HI) chauffé à 400
°C se décompose en iode (I) en dégageant de
l’hydrogène. L’iode, en présence d’acide
sulfurique et d’eau régénère l’acide
iodhydrique.
Ce procédé ne produit aucun déchet, les réactions
chimiques ayant lieu en cycle fermé. Il en résulte
seulement une chaleur résiduelle, à 100 °C, qui
peut être utilisée pour le chauffage.
Le recours à la chaleur nucléaire
Les températures désirées peuvent être
obtenues à partir d'un réacteur nucléaire,
alimentant directement l'installation de production d'hydrogène.
Le groupement "Génération IV" dont nous
avons parlé dans notre
précédent numéro, aborde la question, et
l'un des projets mis en route concerne un réacteur à
gaz à très haute température destiné
à une telle utilisation, projet auquel le PSI participe par
l'étude de matériaux spécifiques.

Le réacteur envisagé est du type graphite-gaz :
le caloporteur est de l’hélium, et le modérateur
du graphite. Le combustible est conditionné sous forme de
boulets, résistants à une température de 1'800
°C. L’hélium, chauffé à1’000
°C, passe par un échangeur de chaleur, qui alimente l’installation
de production d’hydrogène. Les études du groupement
« Génération IV » envisagent
un module de 600 MW thermiques. Le principe d’un tel réacteur
n'est d'ailleurs pas nouveau (réacteur "Dragon"
des années 60), mais trouve aujourd'hui un regain d'actualité.
L'hydrogène a aussi ses problèmes
L'hydrogène demande, du fait de sa faible densité,
des brûleurs de taille importante, et un mélange air-gaz
spécial. Par contre, les émissions d'oxyde d'azote
sont faibles et la combustion dans les installations de turbines
à gaz de haute efficacité est très complète.
Il faut se souvenir que l'hydrogène gazeux est explosif (voir
l'accident du Zeppelin "Hindenburg")
Pour une production décentralisée d'électricité,
par exemple dans des moteurs à combustion interne ou des
piles à combustible, l'hydrogène est efficace. En
ce qui concerne les bâtiments, la chaleur résiduelle
produite peut être utilisée pour le chauffage (couplage
chaleur-force, décrit dans le numéro 33, mars 2004
de notre bulletin). Par contre, pour le chauffage direct des locaux,
la pompe à chaleur (également décrite dans
notre bulletin, numéro 24, déc. 2001) constitue une
meilleure solution. L'hydrogène a donc sa chance, comme substitut
aux combustibles fossiles, dans de petites installations décentralisées.
Enfin, si l'hydrogène, contrairement à l'électricité,
est un vecteur d'énergie qui peut être stocké,
ce stockage pose quelques problèmes. Comme nous l'avions
mentionné dans notre numéro 21, l'hydrogène
n'est pas un produit de tout repos. Aussi bien le transport que
le stockage demandent des matériaux particulièrement
étanches, les atomes ténus de cet élément
pouvant s'insinuer dans les fissures les plus minuscules, imperméables
à des produits plus lourds.
L'hydrogène peut être stocké sous forme gazeuse
ou liquide. Dans ce dernier cas, il faut travailler à très
basse température (- 235 °C à 4 bars par exemple),
et disposer donc de récipients bien isolés thermiquement.
Sous forme gazeuse, on doit comprimer l'hydrogène pour disposer
dans un volume raisonnable une réserve utile d'énergie
(par exemple pour un réservoir de 26 litres, une pression
de 350 bars permet de stocker 800 g de carburant). L'essence au
contraire, présente sous un même volume un plus grand
contenu énergétique, elle est facilement transportable
et se laisse aisément manipuler.
L'automobile à hydrogène
L'utilisation d'hydrogène à la place d'essence dans
les véhicules est évidemment souhaitable, tant du
point de vue du développement durable que de la protection
de l'environnement. Mais il faut alors que ce carburant trouve sa
place sur le marché, aussi bien en ce qui concerne son prix
que sa distribution.
On sait que les moteurs à combustion interne ont un faible
rendement, et que, la plupart du temps ils sont appelés à
travailler bien en dessous de leur régime nominal. De plus,
dans un véhicule à essence, le freinage détruit
une part non négligeable d'énergie. Le rendement global
d'un véhicule à essence, calculé à partir
des kilomètres parcourus par rapport à l'énergie
contenue dans le carburant utilisé, est donc très
faible (inférieur à 10 %).
Les véhicules hybrides sont susceptibles de pallier partiellement
ces inconvénients et d'améliorer de façon substantielle
le rendement énergétique. Le moteur électrique
étant capable de fonctionner lors du freinage comme générateur,
il produit alors de l'électricité servant à
recharger la batterie.
L'utilisation d'hydrogène dans une pile à combustible,
combinée avec un stockage d'électricité par
des super-condensateurs, lissant les variations rapides de charge,
améliore encore considérablement le rendement.
Conclusion
L'hydrogène est aujourd'hui déjà utilisé
dans des applications industrielles, il est comprimé, embouteillé
et transporté selon des procédés bien connus.
Vu le petit nombre d'applications, les médias n'ont pas d'accidents
spectaculaires à relater. Mais pour que son utilisation à
grande échelle puisse se généraliser, il faut
non seulement mettre au point des méthodes de production
économiques, mais encore améliorer la technique du
stockage à bord des véhicules, de façon à
permettre une autonomie suffisante. Il faut aussi créer tout
un réseau de transport et de distribution spécifique
à ce nouveau carburant.
De là à envisager une utilisation à grande
échelle, avec toute la logistique d'approvisionnement que
cela suppose, il y a encore un grand pas à faire ! Si une
économie à l'hydrogène est souhaitable, et
viendra sans doute, ce n'est pas pour demain...
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